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Wine trip en Loire (3/3)

Dernière mise à jour : 6 oct. 2023

Dernière étape de notre périple ligérien : Vouvray. Aux portes de Tours, l'appellation est probablement une des plus passionnantes et en même temps une des moins compréhensibles de France. Fondée en 1936, elle autorise dès sa création la production de vins secs, liquoreux et effervescents, et s'exporte dans le monde entier. Si sa réputation lui vient des Vouvray Pétillants produits en masse par de grandes caves coopératives comme alternative au Champagne, sa notoriété lui vient de producteurs emblématiques tel que le Clos Naudin ou le Domaine Huet qui excellent dans l'art du Chenin et perfectionnent leur art année après année.



Enterré sous plusieurs mètres de terre, nous pénétrons dans un havre de paix. Une cave fraîche, sombre et toute en longueur qui abrite des barriques vieilles de plusieurs décennies pour certaines, où dorment les futurs grands Chenin du Clos Naudin. Entrer dans ce temple est une expérience inoubliable. Pour la beauté et la sérénité des lieux évidemment, mais surtout pour la dégustation qui est toute un mythe. Philippe Foreau n'est pas adepte des salons, présentations et autres moyens de promotion de son domaine. D'ailleurs il n'en a pas besoin et il le sait très bien. Sa seule pub, si l'on puisse l'appeler ainsi, c'est la transmission de sa passion et la démonstration du potentiel insoupçonnable du Chenin, roi des cépages ligériens. Pour M. Foreau, rien ne vaut l'expérience olfactive et gustative de ses vins, qui prouve que oui, les vins du Clos Naudin comptent parmi les grands de ce monde viticole.


Petit topo sur ce domaine d'anthologie.

Armand Foreau débute l’aventure familiale à Vouvray. À partir des quelques vignes qu’il y possédait, il agrandit le vignoble jusqu’à 18 hectares en 1969 et établit la notoriété de la maison avec la mise en bouteille de ses vins, une rareté à l’époque. Armand a commencé à creuser la cave en 1910, à la main, petit à petit, elle n’a été terminée qu’en 1970. Une partie de ses vignes étant partie par succession à sa fille mariée avec Gaston Huet, son voisin immédiat, son fils André reconstitue le domaine par rachat de parcelles. Il reste à la tête du domaine de 1969 à 1982, suivi à son tour par son fils Philippe, qui signe son premier millésime en 1983. Dans la plus pure continuité familiale, Vincent Foreau rejoint le domaine en 2007, après un bac pro et un apprentissage sur le tas, au plus près des réalités, profitant des enseignements de son père et des fidèles employés du domaine.


Côté vigne, l'ensemble des vignes du domaine du Clos Naudin sont certifiées bio en 2015. Plus de désherbant, plus d’insecticides depuis 2005, tout est mis en place pour assurer la pérennité de cet écosystème exceptionnel. La parcelle La Grande Pièce, plantée en 1970 au sommet du plateau, engendre les plus beaux vins. Au Clos Naudin, on est depuis longtemps très attentif à l’apparition du botrytis : s’il s’établit, on attendra qu’il se développe jusqu’à 40 à 100 % des grains. Avec plusieurs tris successifs dans les vignes, Philippe Foreau atteint la quintessence de son art : produire des Vouvray dans des styles très variés, allant jusqu'au fameux Vouvray Goutte d'Or, élaboré seulement dans les années les plus exceptionnelles tant les contraintes de maturité sont grandes.





Retour à notre visite. On longe les vieux fûts jusqu'à la petite porte sur la droite qui nous mène droit dans le trésor. L'oenothèque n'est pas qu'un lieu d'exposition, loin de là. Les Foreau sont tout sauf show off. C'est dans ce lieu magique que se déroule la dégustation... et quelle dégustation ! Après quelques vins, tout devient clair et lisible dans le Chenin. Sa spécificité aromatique et structurelle, son énorme potentiel de garde, sa tension sapide, sa capacité à puiser les ressources et les particularités du terroir. Pas étonnant que la famille Foreau ne se soit jamais délocalisée ailleurs. La dégustation débute par les jeunes vins secs (dont certains goûtés sur fût). Déjà là l'amplitude des vins est époustouflante. Puis on descend dans les millésimes avant de monter en sucrosité. Un vrai manège qui affute les papilles tant l'excitation est grande.


Avec Philippe Foreau, on sait quand ça commence mais on ne sait jamais quand cela se termine. Un vin en appelle un autre et on attend avec impatience que le vigneron retourne, tire-bouchon à la main, dans le labyrinthe d'allées où reposent des millésimes qui remontent au milieu du XXème siècle. Aucune bouteille n'est étiquetée, chaque nouvelle dégustation est un mystère. La rencontre avec le vin en est d'autant plus sincère et authentique. Et surtout n'allez pas au domaine en fin de matinée car vous en aurez l'eau à la bouche. Car en plus d'être un vigneron d'exception, Philippe Foreau est un fin gourmet qui aurait pu être sommelier. D'ailleurs souvent les sommeliers l'appellent pour lui demander des suggestions d'accords avec ses vins. Araignée de mer, langouste, civet, gibier : l'imagination de lui manque pas et chaque accord se montre précis et recherché. Guidé par l'instinct, Philippe Foreau est un puits sans fond qui saura trouver l'accord parfait avec chacun de ses vins en fonction du millésime, de la douceur et de la structure du vin. Last but not least, nous finissons par la dégustation d'un Vouvray Moelleux 2005, quintessence de ce que le Chenin a de plus beau à offrir dans les années botrytisées, un vin ample, onctueux, confit, mais parfaitement équilibré par une tension encore vive et soutenue.


Que ce soit Montlouis ou Vouvray, ces appellations ont gagné notre coeur d'amateur. C'est là que notre curiosité est aiguisée, nos papilles mises à l'épreuve et notre intérêt oenologique renforcé. Le Chenin n'aura jamais fini de nous surprendre, espérons qu'il saura également vous séduire s'il ne l'a pas déjà fait.

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